AU COEUR DU PIANO – INTERVIEW AVEC MARC KOWALCZYK

Dans cette interview, Marc, créateur de la méthode au coeur du piano, nous partage son expérience de pianiste, de pédagogue et de compositeur. Il nous donne aussi des conseils pour progresser et répond à certaines questions récurrentes sur l’utilité du solfège.

au coeur du piano

Qui êtes-vous ? (Présentation, parcours)

Je m’appelle Marc et j’exerce 3 métiers. D’abord celui de compositeur. J’écris et compose de la musique contemporaine en France et à l’étranger, au total dans 15 pays.

Je suis également musicologue : je fais de la recherche sur l’histoire de la musique notamment l’école française avec Debussy et Schumann.

Je fais également des conférences dans toute la France. Enfin, je suis pédagogue. Je suis le fondateur de l’école de Piano près de Saint-Nazaire et je vais également dans les conservatoires.

Pourquoi le piano ? D’où vous est venue cette envie ? 

En maternelle, je chantais, alors mes parents m’ont inscrit dans des cours de piano. Je ne voulais pas, aussi ma mère s’attendait à ce que j’arrête après le premier cours de solfège.
Et puis en fait non ! Ce fut un vrai coup de foudre. J’avais pour professeur Mme LEBEDEVA qui était du conservatoire de Clamart.
Après cela, j’ai continué au conservatoire avec la première mention à chaque fois. J’ai donc poursuivi au conservatoire départemental des Hautes-Seines, puis étudié la musicologie à la Sorbonne.

Votre premier concert… ?

J’avais 13 ou 14 ans. C’était au Conservatoire régional : j’y ai joué ma première composition. Ensuite j’ai passé le concours de la SACEM à 17 ans avant de recevoir ma première commande d’Etat pour un gros orchestre : je n’avais que 19 ans.

Pourquoi avoir écrit la méthode au coeur du piano ?

Une nouvelle méthode

Avant de créer la méthode au coeur du piano, j’utilisais la méthode de Jacqueline POUILLARD. Et puis je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de méthode évolutive pour les élèves.
C’était donc une nouvelle méthode qu’il fallait concevoir mais aussi la création de morceaux originaux. Il m’a fallu d’ailleurs un temps fou pour écrire un tableau d’acquisition (environ 2 mois). Je devais inclure les notes, le rythme bien entendu mais aussi une nouvelle acquisition théorique.

Une méthode pratique

Cette méthode est aussi une réponse aux erreurs passées. Lorsque j’étais au conservatoire, il n’y avait pas d’application concrète du solfège sur le piano. Il fallait attendre un an avant de passer à la pratique. C’était comme apprendre le solfège dans le vide sans jamais comprendre son utilité concrète.
La méthode que j’ai créée, au coeur du piano, est exactement l’inverse. Elle permet une application directe du solfège au piano.

Il y a une idée qui revient souvent sur l’apprentissage en conservatoire, c’est qu’il est rigide et parfois contre-productif. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Avant toute chose il faut distinguer le fond et la forme. Certains professeurs ne réfléchissent pas. Un exemple : normalement on devrait jouer mains ensemble dès le début pour prendre les bonnes habitudes. Le paradoxe de certains cours, c’est que l’on commençait par apprendre mains séparées avant de jouer ensuite mains ensemble. C’est contre-productif. Certains professeurs étaient bel et bien caractériels, austères et sévères, mais ce n’est pas le cas de tous les enseignants.

Selon vous, y a-t-il une clé, un ingrédient qui fait toute la différence dans la pédagogie d’apprentissage ?

Donner du plaisir en bossant sérieusement tout en rigolant un peu. Dans les conservatoires, les professeurs ont un poste à vie et certains ne se soucient plus de leurs cours.

Garder le plaisir

Pour ma part j’allie toujours enseignement avec une activité professionnelle à côté. Je prends donc beaucoup plus de plaisir à enseigner car je continue à jouer et faire des concerts. Je pense que certains professeurs sont frustrés car il n’y a plus d’avancement dans leur carrière et deviennent, dans le mauvais sens du terme, des « fonctionnaires de la musique ».

Quel est votre rapport au solfège ? Utile, inutile, rébarbatif ?

Je ne crois pas au piano sans solfège. Pour les personnes qui veulent tout jouer, le solfège est une nécessité. Même en notation anglo-saxonne on finit toujours par se confronter au solfège. Toute méthode qui veut y échapper finit par se confronter à la réalité. Le solfège est un mot qui fait peur mais en le faisant en rigolant, ça marche très bien.

« La musique est un langage ; le solfège sa grammaire. »

Pour moi la musique, c’est une langue. L’apprentissage d’une langue passe par l’alphabet et l’alphabet de la musique ce sont les notes.
Je pense d’ailleurs que le solfège ne se résume pas à quelque chose de purement théorique. Il y a aussi tout le côté culturel et historique. Par exemple lorsque je joue avec un élève une sonate de Mozart, je lui apporte toujours des éclaircissements sur l’histoire de la musique. Il y a des tonalités qui sont associées à la franc-maçonnerie.

Les erreurs à ne pas faire pour progresser ?

1. ALLER TROP VITE

Aller trop vite est une grande erreur. Pour progresser, il faut accepter la lenteur, ce qui n’empêche pas d’avancer.

L’histoire du tunnel…

Je donne souvent une image à mes élèves : ceux qui ont construit le tunnel sous la manche ont réussi en bétonnant tout doucement, millimètre par millimètre.
C’est en avançant de manière sereine que l’on acquiert les automatismes nécessaires et qu’on ne fait plus de fausses notes.

L’histoire de la jungle…

Une autre image que j’aime partager. Deux hommes sont dans la jungle : l’un avec une machette avance petit par petit pas. Le deuxième court, se prend des lianes et des ronces. Mais celui qui avance à pas lents, même s’il trébuche, regarde tout jusqu’à bien débroussailler et se frayer un chemin. Pendant qu’il fait cela, même si ça prend du temps, l’autre sera toujours en train de courir et n’aura rien débroussailler de façon méthodique.

2. ACCEPTER L’ERREUR

Il faut aussi accepter l’erreur car plus on en commet et plus on mémorise.

3. NE PAS JOUER PLUS DE 2 MORCEAUX A LA FOIS

Je conseille également de ne pas jouer trop de morceaux à la fois mais de ne pas en jouer qu’un seul. En jouer trop empêche une bonne mémorisation mais en jouer seulement un seul est parfois rébarbatif et crée un risque d’arrêter.
Jouer deux morceaux en même temps est idéal : quand on sature sur l’un on peut passer à l’autre. L’objectif est quand même de garder le plaisir.

4. JOUER MAINS ENSEMBLE

La clé pour progresser dès le début, c’est de jouer d’entrée mains ensemble, et ce quel que soit l’âge pour avoir un réel plaisir musical.
Avec au coeur du piano, il est vrai qu’on progresse au début plus lentement, mais cela permet de donner suffisamment de temps au cerveau pour imprimer l’information.
L’objectif est d’avoir une véritable corrélation entre le solfège et le piano : c’est la clé de voûte de la réussite. Quitte à sacrifier le rythme au départ, et l’amener ensuite en douceur.

Vous avez composé des musiques. Y a-t-il des notions de solfège ou de piano qui vous ont été plus utiles que d’autres ? Par exemple les accords…?

Je dirais qu’il y a bien sûr l’ensemble des notions de solfège qui entrent en jeu. Par exemple l’harmonie et le rythme… mais que cela ne suffit pas.
La composition est une chose difficile selon la personne. J’aborde l’improvisation avec mes élèves et c’est aussi une question de créativité. Pour parvenir à composer, il faut aussi avoir la curiosité et la volonté d’inventer un nouveau système.
Un professionnel de la composition a besoin de maîtriser les points suivants : l’écriture classique, le contre-point, l’harmonie, l’histoire de la musique, et les cours d’analyse musicale.

Pensez-vous qu’il y ait un âge pour commencer à apprendre le piano ?

Il y a beaucoup d’adultes qui rêvaient de jouer du piano depuis des années et qui se lancent le moment venu. Les raisons sont souvent les mêmes : « pas le temps » et « pas les moyens ».
La méthode au coeur du piano marche d’ailleurs très bien pour des adultes qui veulent des résultats rapides et du plaisir. En général ils parviennent très vite à déchiffrer un morceau de piano. Les jeunes aussi d’ailleurs.

CSP
CSP

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